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lundi 26 juin 2017

Jean Massonnet, un bibliste de terrain


Fondateur et ancien directeur du Centre chrétien pour l’étude du judaïsme (CCEJ) de l’Université catholique de Lyon, le P. Jean Massonnet reçoit lundi 26 septembre le prix 2016 de l’Amitié judéo-chrétienne de France, à l’Université Catholique de Lyon, où il a longtemps enseigné.

Il reprend l’avion pour Jérusalem en novembre. Simplement « pour voir ce qu’il s’y passe », dit le P. Jean Massonnet. À 76 ans, le prêtre manifeste ainsi régulièrement son « amour de la communauté juive, salue Richard ­Wertenschlag, le grand rabbin de Lyon. On peut être une personne très instruite mais pas sympathisante. Lui est l’un et l’autre. »
Le prêtre aurait en effet pu ne connaître du judaïsme que les textes fondateurs qui peuplent les vitrines de sa bibliothèque, sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon. Et ce après qu’on l’ait encouragé à des études bibliques. Né dans un village du Bugey, dans l’Ain, ordonné en 1968, il achèvera sa formation à l’Institut biblique pontifical de Rome en 1975.

Régulièrement en Terre sainte

Pour aussitôt partir deux ans en Israël. « Cette Bible que j’étudiais a été fabriquée par un peuple. Il fallait que j’aille voir cela de plus près », sourit-il aujourd’hui. Il prend quelques cours à l’Université hébraïque de Jérusalem, et s’y lie avec la communauté dominicaine de la Maison Saint-Isaïe, « des chrétiens insérés dans le monde juif ».
De retour en France, il met en sourdine ses travaux en devenant enseignant au séminaire interdiocésain Saint-Irénée de Lyon, jusqu’en 1996. Même si ses étudiants l’appellent « rabbi » ! Il retourne d’ailleurs régulièrement en Terre sainte. Notamment en 1989, durant un an, avant de prendre la direction du tout nouveau Centre chrétien pour l’étude du judaïsme (CCEJ) de l’Université catholique de Lyon. Objectif, « mettre en évidence l’importance de la tradition juive pour la pensée chrétienne ».
C’est qu’il a entre-temps forgé « une certitude », dit-il. Les chrétiens sont dépendants de cette tradition, portée par un peuple qui la vit aujourd’hui. » C’est là le cœur de son engagement. Universitaire, d’abord. Cela a pris la forme d’une thèse de doctorat, aux racines du christianisme, portant sur « la notion pharisienne de la Révélation », à l’époque du Second Temple. S’y lit entre les lignes un encouragement à se plonger encore et toujours dans la Bible.
« Si la Bible n’est pas interprétée, elle ne dit rien, insiste le P. Massonnet. On raconte que Dieu a posé son sceau sur Adam, comme un roi pose son sceau sur des pièces de monnaie, explique-t-il en prenant une image qu’il affectionne. Mais si seules les pièces parfaitement identiques sont valables, la grandeur de Dieu est qu’aucun homme ne se ressemble. Chacun a une révélation divine à apporter. Chacun a dès lors le devoir de partager ce qui ressort de lui. Et celui d’écouter l’autre ! »

Au service du dialogue judéo-chrétien

Lui accomplit ce devoir au service du dialogue judéo-chrétien. Au sein du comité du diocèse de Lyon pour les relations avec le judaïsme. Et avec l’Amitié judéo-chrétienne, dont il préside l’antenne lyonnaise. Non sans mal, quelquefois. « On bute souvent sur la question palestinienne, au risque de la caricature, alors que la situation est éminemment complexe », soupire celui qui a favorisé une réflexion courageuse sur le rapport des juifs à la terre d’Israël.
Pour autant, il est confiant dans la dynamique à l’œuvre. Deux textes publiés ces derniers mois l’ont réjoui. La « déclaration pour le Jubilé de fraternité à venir », reconnaissant le chemin parcouru par l’Église catholique dans ses relations avec le judaïsme, remise par le grand rabbin de France, Haïm Korsia, au cardinal Vingt-Trois et au pasteur Clavairoly, en novembre dernier. Et la « déclaration de rabbins orthodoxes d’Israël, d’Europe et des États-Unis sur le christianisme », publiée en décembre cette fois, dans la même optique. « Ce sont deux textes très significatifs, applaudit le P. Massonnet. Ils nous donneront beaucoup de force dans nos engagements respectifs. »
Bénévent Tosseri (à Lyon)


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